15E ANNEE - PREMIER PORTAIL D'INFORMATIONS TOURISTIQUES DE L'OCEAN INDIEN


E C O L O G I E

E D I T O / Année noire !

6 Août 2020 - Une pandémie ne suffisait pas. Il fallait aussi faire preuve d’amateurisme et d’incompétence. S’il est vrai qu’il est toujours aisé d’être wise after the event, on peut quand même se demander comment et pourquoi les autorités ont pris autant de temps pour jauger de la dangerosité de l’échouage du vraquier Wakashio à quelques milles nautiques seulement de Pointe d’Esny, de la réserve naturelle de l’île aux Aigrettes et le parc naturel (un site Ramsar !) de Blue Bay.

12 jours pendant lesquels, à aucun moment, on n’a pensé à pomper les hydrocarbures
du vraquier et mettre en place un dispositif d’urgence face à l’inévitable. La catastrophe est aujourd’hui déjà là et, sans la mobilisation citoyenne et des ONG pros environnement il est évident qu’il aurait été impossible de contenir cette « marrée noire » et minimiser son impact sur le littoral.

Le 6 février 2018 j’écrivais ceci dans cette même rubrique…Les choses n’ont hélas pas changé et nous sommes toujours autant démunis et pas préparés pour face a des situations d’urgence :
L’instauration d’un état d’urgence de 15 jours aux Maldives est un de ces événements qui rappellent à quel point le tourisme est fragile. La décision du président Amen, qui est depuis plusieurs mois en proie à une opposition de plus en plus déterminée, aura, c’est certain des graves conséquences sur l’industrie du tourisme de son pays, sur son image notamment. Pour l’instant, si l’on se fie aux retours des opérateurs touristiques, c’est « business as usual ». Pendant combien de temps ? Personne ne saurait le dire. Mais l’on sait que le touriste, en général, fuit les zones de tension. Ce qui est infiniment normal.
Personne à l’île Maurice ne se réjouit de ce qui se passe aux Maldives. Personne, non plus, même si c’est un fait avéré, ne viendrait, par opportunisme, mettre en avant la stabilité de notre pays. Mais tout le monde, manifestement, reçoit les événements maldiviens comme un signal fort. L’industrie touristique est maladivement réfractaire à ce genre de secousses. Ceux qui voyagent rêvent de moments paisibles, de liberté, pas d’horizons bouchés par des couvre-feux. L’île Maurice – hormis les conséquences des épidémies mondiales ou de la crise financière – n’a jamais été concernée par des événements d’une telle ampleur. Mais il suffit, on le sait, de peu. Une catastrophe écologique – il n’existe toujours pas de plan pour lutter contre l’échouage d’un tanker -, ou une attaque de requin, à l’heure où les fermes aquacoles semblent devenir une priorité alors que leur impact sur l’économie n’égalera sans doute jamais l’apport du tourisme.
Tout cela pour dire et se rappeler que le tourisme reste une industrie infiniment fragile. Les événements aux Maldives risquent de le rappeler sévèrement. Sa résilience aussi est connue. Mais ça ne devrait pas nous empêcher de plancher sur l’avenir et doter notre industrie de tous les outils nécessaires pour faire face à des dangers sanitaires, écologiques, marins ou politiques.


Le Wakashio marquera-t-il le réveil ? On peut en douter, mais il faudrait continuer à le souhaiter.

Jean-Joseph Permal