13E ANNEE - PREMIER PORTAIL D'INFORMATIONS TOURISTIQUES DE L'OCEAN INDIEN


T O U R I S M E

GILBERT ESPITALIER-NOËL (CEO DE NEW MAURITIUS HOTELS) : « Nous voyons l’avenir de l’industrie touristique avec sérénité »

27 Mai 2016 - "Nous voyons l'avenir de l'industrie touristique avec sérénité" C'est ce que le CEO du principal groupe hôtelier à l'île Maurice, New Mauritius Hotels, Gilbert Espitalier-Noël a déclaré lors d'une interview accordée à Jean-Marc Poché du quotidien "Le Mauricien".Nous reproduisons cette interview, qui jette un éclairage profond sur l'industrie-phare du pays avec l'autorisation de notre confrère.
 

À la tête de New Mauritius Hotels (Beachcomber) depuis l’an dernier, Gilbert Espitalier-Noël constate que l’industrie touristique se trouve dans un cercle vertueux, permettant à l'île Maurice et aux acteurs de l’industrie du Tourisme de voir l’avenir avec « plus de sérénité ». Il se dit « satisfait » que les profits opérationnels du groupe NMH soient en hausse significative par rapport au même trimestre de l’année dernière. Tout en reconnaissant l’endettement élevé du groupe NMH, il annonce que son ambition est de réduire cette dette de 50% dans les quatre prochaines années.

Gilbert Espitalier-Noël plaide également pour une plus grande ouverture de Maurice vers le monde extérieur et la nécessité de se défaire du réflexe consistant à croire que l’on se suffit à nous-mêmes. « Nous démarrons l’agrandissement de l’hôtel Victoria avec 40 nouvelles chambres et nous travaillons activement sur la construction d’un très grand hôtel aux Salines, à Rivière-Noire. » Concernant la nomination de Pauline Seeyave aux fonctions de CFO, il estime que celle-ci « va dans le sens de la reconnaissance des compétences de la femme à l'île Maurice », rappelant que « le monde change » et qu'il « est toujours bon de voir les femmes accéder à des postes à hautes responsabilités ».
 
Nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que le tourisme connaît une embellie.

Quelle est votre évaluation ?

Je crois que nous pouvons affirmer que, depuis quelques années, les arrivées touristiques à Maurice connaissent en effet une belle embellie. Cela est dû à un effort combiné de tous les acteurs, incluant le ministère du Tourisme, la Mauritius Tourism Promotion Authority... Les acteurs de l’industrie agissent de concert afin de donner une plus grande visibilité à la destination. Un marketing plus ciblé et plus cohérent a permis d’augmenter la demande pour le pays. Et cette demande a fait que les accès aériens en place ont été mieux utilisés par les lignes aériennes. Nous sommes dans un cercle vertueux qui permet à Maurice et aux acteurs de l’industrie du Tourisme de voir l’avenir avec plus de sérénité qu’il y a un an ou deux.

Le couloir aérien Asie-Afrique, avec Maurice et Singapour comme « hubs », constitue-t-il un apport important à l’industrie ?

L’établissement du couloir aérien entre l’Asie et l’Afrique est une idée intéressante qui se matérialise petit à petit maintenant. C’est un investissement dans l’avenir. À ce stade toutefois, je ne crois pas que l’on puisse attribuer à ce couloir l’embellie que connaît le secteur touristique. Elle vient beaucoup de nos marchés traditionnels et, dans une certaine mesure, de nos marchés asiatiques. C’est le résultat d’actions entreprises avant l’établissement du corridor qui aura des effets bénéfiques à moyen et long termes.

Cette embellie dont vous parlez est-elle pérenne ?


L’embellie est à mon avis pérenne, étant le fruit de plusieurs facteurs, notamment d’une collaboration intéressante des différents opérateurs de l’industrie qui ont mené des campagnes de marketing et de positionnement intelligentes ayant porté leurs fruits. De plus, l’instabilité géopolitique dans certains pays concurrents nous est bénéfique. Il y a aussi l’effet conjoncturel euro-dollar qui joue en notre faveur. Les différentes initiatives prises produisent un cercle vertueux qui crée plus de demandes, plus d’accès aériens. Les choses s’accélèrent et sont en place de façon pérenne.

Le ministre du Tourisme insiste beaucoup sur l’importance de la qualité par rapport à la quantité. On entend parfois dire que le niveau de la clientèle touristique à Maurice a baissé. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que le niveau ait baissé. L’offre touristique s’est élargie et s’est diversifiée. Maurice est toujours perçue comme une destination haut de gamme. Les hôtels 5-étoiles et ceux très haut de gamme marchent mieux que jamais. Je crois savoir que c’est vrai non seulement pour les 5-étoiles tels Beachcomber, mais également pour les autres hôtels de Maurice. On n’a pas que les 5-étoiles.
Je suis tout à fait d’accord avec le ministre du Tourisme lorsqu’il dit que Maurice – qui est une petite destination subissant des pressions démographiques locales ou importées ainsi que des effets environnementaux – doit privilégier la qualité plutôt que la quantité.

Les revenus augmentent-ils proportionnellement au nombre d’arrivées ?

Évidemment. Il y a eu des problèmes techniques par rapport aux recettes ces dernières années, qui avaient un peu faussé les débats. Toutefois, la Banque de Maurice a réajusté la façon dont les recettes touristiques sont calculées et, aujourd’hui, nous sommes clairement en possession de chiffres qui avoisinent les Rs 50 milliards, et qui sont en hausse considérable par rapport aux années précédentes. Avec ces nouvelles données, nous verrons que les dépenses moyennes des touristes n’ont pas baissé.
Dans le cadre de cette diversification dont vous parlez, nous constatons l’émergence du tourisme golfique et l’organisation croissante de conférences internationales.
Ce sont des exemples de résultats d’actions conjointes entreprises par tous les acteurs. Pour nous, il s’agit de savoir comment faire pour que la basse saison soit moins basse. Maurice a toujours connu des saisons de pointe assez favorable, mais l’entreprise était pénalisée par cette basse saison.
C’est parce qu’on a fait beaucoup de progrès en venant positionner le pays dans un certain nombre de sports et d’activités culturelles. Cela a pris un peu de temps avant de rapporter des résultats que nous voyons aujourd’hui. Beachcomber est très engagé dans une série d’activités, comme les trails, le VTT... La diversification du tourisme mauricien, comme nous le voyons, apporte des résultats. Maurice – qui est en concurrence directe avec des pays comme les Seychelles et les Maldives – a aujourd’hui une offre touristique qui comprend bien plus que la mer et la plage.

Le Women’s Forum 2016 fait-il partie de cette démarche ?
Certainement. Ce n’est pas une coïncidence que pas mal d’événements, qu’on appelle les MICE, ont lieu durant la basse saison. On vient d’accueillir la conférence sur l’arbitrage commercial, il y a aussi le rugby bientôt ainsi que le Women’s Forum et plein d’événements du même genre. Tout cela fait qu’on reçoit plus de touristes durant la basse saison.
La demande en chambres est également en hausse. Comment se présentent vos nouveaux projets ?
Il est clair que cette augmentation du nombre d’arrivées justifiera la construction de nouveaux hôtels. Les autorités ont institué un moratoire de deux ans pour l’ouverture de nouveaux établissements hôteliers. Le ministre Duval a été très clair ces derniers temps à l’effet qu’il pense être nécessaire de recommencer à construire des hôtels puisque la demande est là. Il faut que ces nouveaux hôtels trouvent des sites adéquats et que la construction se fasse dans des conditions correctes. En ce qui concerne Beachcomber, nous démarrons l’agrandissement de l’hôtel Victoria avec 40 nouvelles chambres et nous travaillons activement sur la construction d’un très grand hôtel aux Salines, à Rivière-Noire, que nous espérons démarrer d’ici avril 2017.

Vous avez parlé à un certain moment de Beachcomber Hospitality Investment. Où en êtes-vous ?
Beachcomber Hospitality Investment est un projet qui sert comme objectif principal la réduction de l’endettement trop élevé du NMH. Le groupe a clairement déclaré que son ambition est de réduire cette dette de 50% dans les quatre prochaines années. Le BHI est un véhicule déjà incorporé qui, dans les prochaines semaines, accueillera de nouveaux investisseurs qui financeront les biens et actifs qui seront transférés dans le BHI. Ce qui nous permettra de réduire la dette du NMH. Nous communiquerons de façon beaucoup plus précise envers nos actionnaires très bientôt.

Donc, la réduction de l’endettement est en bonne voie ?
Oui. C’est un sujet extrêmement important pour le groupe. Cela a été une de mes priorités à mon arrivée en tant que CEO.
La fraude dont a été victime Beachcomber ne va-t-elle pas retarder ce projet ?
La fraude de Rs 115 M qu’on a connu cette année est un épisode malheureux. Nous sommes confiants sur le fait que la réclamation que nous avons faite à l’assurance nous sera remboursée et que l’impact financier de cette fraude sera faible.
Cette fraude a toutefois mis en lumière un problème de sécurité à Maurice…
Je ne souhaite pas entrer dans ce cas précis trop en détail parce qu’il y a des connotations légales à différents niveaux. Il est clair, et les autorités en sont conscientes, qu’il y a eu énormément de tentatives de fraudes par e-mail au cours des derniers mois à Maurice. Les banques ont prévenu leurs clients de faire très attention. Malheureusement, nous avons été une des victimes de cette tentative. Je ne pense pas que Maurice soit particulièrement visée. Les risques ont augmenté à travers le monde aujourd’hui, avec l’argent qui bouge si facilement et si vite via les nouvelles technologies.
En parlant de l’endettement, Marrakesh avait dans le passé pesé lourd. Comment se porte l’hôtel de Marrakesh ?
Le projet Marrakesh est en opération sur deux volets depuis près de deux ans avec, d’une part, la construction et la vente de villas et, d’autre part, l’hôtel en lui-même, qui est en opération. Les opérations à Marrakesh sont très difficiles en raison principalement de la situation géopolitique dans la région. Même s’il n’y a pas eu des problèmes spécifiques au Maroc, les touristes étrangers sont prudents en ce qui concerne cette partie du monde, ce qui affecte notre projet immobilier et nos opérations hôtelières. Une baisse des arrivées et une augmentation de l’offre, avec la construction d’hôtels dans la même catégorie que le nôtre, rendent la situation difficile pour nous en ce moment.

Malgré cela, maintenez-vous votre présence au Maroc ?
Nous y sommes et nous faisons tout pour améliorer l’opération là-bas. Nous travaillons sur différentes orientations stratégiques afin de réduire les pertes que nous subissons sur place. Il est cependant trop tôt pour en parler.
Nous supposons que cette situation décourage Beachcomber à s’engager dans des projets en Afrique ?
Pour ce qu’il s’agit des opérations, Beachcomber essayera de se concentrer sur l’océan Indien à l’avenir. Il est possible que nous envisagions de prendre des hôtels en gestion ou en franchise au-delà de cette zone géographique. L’Afrique est une option mais, dans un premier temps, nous privilégierons des régions plus faciles.

Quels sont les projets régionaux à l’étude ?
Nous finalisons actuellement des franchises pour Beachcomber, ce qui nous permettra une plus grande visibilité de notre marque, tout en nous amenant un certain nombre de recettes. Dans un premier temps, nous nous tournons vers les Maldives et le Sri Lanka pour des projets de gestion et pour le développement hôtelier.

Voilà presque une année que vous êtes à la barre de Beachcomber. Quel bilan faites-vous ?

Beachcomber est un groupe fabuleux qui connaît quelques challenges. Nous avons besoin d’un renouveau, d’un repositionnement, d’un rajeunissement. Choses que je me suis attelé à accomplir depuis mon arrivée. Nous avons lancé un projet majeur, intitulé “Au cœur des valeurs”, qui débouche aujourd’hui sur la création de cette nouvelle image, d’une nouvelle façon de travailler et qui, je pense, aidera à porter Beachcomber plus haut.

On s’achemine donc vers une nouvelle identité Beachcomber ?
On s’achemine vers un rajeunissement de l’image de la marque Beachcomber que nous lancerons formellement en octobre. C’est un processus profond qui concerne l’identité des hôtels, la façon dont nous travaillons et qui influenceront les services. Ce ne sera pas un exercice de changement de logo. Lorsqu’on parle de “rebranding”, les gens pensent qu’on change seulement de logo. Nous irons bien plus loin. Le nombre de personnes impliquées dans ce projet en témoigne. Ces gens travaillent quotidiennement sur ce nouveau Beachcomber.

Comment se porte Beachcomber sur le plan financier ?
Nous venons de publier nos comptes pour le second trimestre. L’année financière de Beachcomber commence en octobre. Nous sommes satisfaits d’avoir obtenu de bons résultats, qu'il faut lire avec attention. Nos profits après impôts ont peut être baissé par rapport à l’année dernière, mais ces profits après impôts ont été influencés par des éléments non opérationnels et non récurrents.
Par contre, nos profits opérationnels, qui mesurent la santé de l’opération de l’entreprise de façon pérenne, sont en hausse significative par rapport au même trimestre de l’année dernière. Nous pensons que cette tendance se poursuivra. De plus, les réservations pour les six mois à venir sont en avance par rapport aux six mois de l’année dernière. Les opérations mauriciennes marchent également bien et je suis confiant qu’elles continueront sur cette lancée.
La situation financière du groupe reste affectée par son endettement élevé. Les données subissent également les résultats négatifs du Maroc. Il est important que nous trouvions rapidement des solutions afin, à court terme, de réduire ces pertes et de les transformer en profits dans un avenir pas très lointain.
Le groupe a procédé la semaine dernière à la nomination d’un nouveau CFO. Parlez-nous en !
Il faudrait parler plutôt de nouvelle CFO. Pauline Seeyave est une femme d’expérience ayant travaillé aussi bien à Londres qu’à Maurice. Je pense qu’elle contribuera de façon très intéressante à l’épanouissement du groupe. Cette nomination va tout à fait dans le sens de la reconnaissance des compétences de la femme à Maurice. Le monde change et il est toujours bon de voir les femmes accéder à des postes à hautes responsabilités. Car, souvent, elles voient les choses de façon différente que l’homme. C’est donc un enrichissement au sein d’une entreprise. Même s’il est vrai qu’à Maurice il n’y a pas énormément de femmes qui occupent des postes à hautes responsabilités, je suis toutefois très heureux de cette nomination.

Nous sommes à deux semaines de la présentation du Budget. Maintenant que vous avez une vision d’ensemble de l’industrie, et même au-delà, qu’attendez-vous de ce Budget ?

Le pays a clairement besoin de relancer l’investissement, comme nous pouvons le constater. Cela a été plus facile à dire qu’à faire. Cela fait des années désormais que nous disons que le niveau des investissements, surtout ceux du secteur privé, est trop faible et n’est pas sain. Il est vrai que les investissements privés, ces dernières années, ont beaucoup été axés sur l’immobilier. Une bonne chose qu’il faudrait continuer.
Personnellement, je pense cependant que Maurice a besoin de plus d’ouverture. On ne peut se permettre de dire que nous sommes suffisants. Nous avons toutes les ressources nécessaires afin de permettre à ce pays d’accéder à un nouveau palier de développement. Mais nous sommes un peu piégés dans le “middle income trap”. Pour en sortir, il faut vraiment que nous nous intégrions dans le monde moderne et accueillions à bras ouverts tous ceux qui voudraient nous aider.
S’il y a une chose que je souhaiterai voir dans ce Budget, ce sont des initiatives allant totalement dans le sens de ce que des pays comme Singapour ont fait, et ce dans le but d’accueillir chez nous des talents et des personnes pouvant nous aider à monter en puissance au niveau des services et à être vraiment d’un niveau “world class” par rapport à cela. Pour l’heure, on pêche dans ce domaine. S’il y a une direction que j’aimerai voir dans ce Budget, ce serait cette ouverture vers le monde extérieur, et surtout pas ce réflexe qui traduit qu’on est chez nous et qu’on se suffit à nous-même. Et c’est là où réside une des difficultés du moment. Nous manquons d’ouverture.